Quelle est la portée du synode sur l’Amazonie pour l’Eglise catholique ?

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Les prélats lors d’une messe célébrées par le pape François dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, le 20 octobre.
Les prélats lors d’une messe célébrées par le pape François dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, le 20 octobre. ANDREW MEDICHINI/AP

Durant trois semaines, du 6 au 27 octobre, le Vatican s’est transformé en caisse de résonance des préoccupations des populations d’Amazonie. Le pape François, premier souverain pontife issu du continent américain, s’est engagé à répondre aux demandes du synode dans une exhortation apostolique « d’ici la fin de l’année ».

Dès samedi, il a cependant invité les membres de l’Eglise à « prendre le large, non pas dans les eaux marécageuses des idéologies, mais dans la mer ouverte ». A « se remettre en jeu dans la nouveauté, sortir des schémas tout faits. » Des propos qui témoignent de la portée des réflexions de cette assemblée, bien au-delà du cadre régional qui lui était fixé.

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  • Un synode régional marqué par une assemblée venue des quatre coins du monde

Les trois semaines de débats à huis clos portaient sur une zone géographique précise, mais des religieux originaires de tous les continents étaient présents dans l’aula Paul-VI. Selon les chiffres donnés par le cardinal Lorenzo Baldisseri, sur les 184 prélats participant aux débats, 113 venaient des circonscriptions ecclésiastiques panamazoniennes – réparties sur neuf pays : la Guyane française, le Guyana, le Surinam, le Venezuela, la Colombie, l’Equateur, le Brésil, la Bolivie et le Pérou.

Figuraient aussi dix-sept représentants des peuples et ethnies indigènes d’Amazonie et un nombre inédit de femmes (35). Elles ne disposaient toutefois pas de droit de vote sur le document final de l’assemblée. Le pape avait en outre convié des religieux venant de régions confrontées, elles aussi, à des problématiques écologiques, comme le bassin fluvial du Congo.

  • Pourquoi l’Amazonie est-elle un cas d’école pour une Eglise en quête de « nouveaux chemins » ?

Pour nombre de participants, ce synode était perçu comme un point de départ vers une Eglise plus à l’écoute de la réalité du terrain, suivant le modèle prôné par Jorge Mario Bergoglio depuis le début de son pontificat. Le document de travail qui a structuré les débats se base ainsi sur une vaste consultation locale à laquelle ont participé quelque 80 000 habitants d’Amazonie pendant dix-huit mois.

D’autant que selon les derniers chiffres diffusés en mars par le Saint-Siège, 48,5 % des fidèles de l’Eglise catholique se trouvent sur le continent américain. Ils représentent 86,6 % de la population d’Amérique du Sud. Mais la pénurie de prêtres itinérants pouvant célébrer la messe et donner la communion dans des endroits parfois très reculés affaiblit la puissance de ce dogme dans la région. Et les catholiques cèdent du terrain aux protestants évangéliques. « Quels sont les nouveaux chemins que nous pouvons offrir à nos ouailles pour qu’elles ne trouvent pas l’herbe plus verte chez nos voisins ? », s’interrogeait avant l’assemblée l’évêque brésilien Mgr Wilmar Santin.

  • Qu’ont proposé les évêques ?

Les prélats lors d’une messe célébrées par le pape François, dans la basilique Saint-Pierre, le 20 octobre.
Les prélats lors d’une messe célébrées par le pape François, dans la basilique Saint-Pierre, le 20 octobre. ANDREW MEDICHINI/AP

Au terme du synode, les évêques ont formulé une série de propositions qui, si elles étaient validées par François, ne seraient mises en œuvre – du moins dans un premier temps – que dans le bassin amazonien. Parmi elles, trois retiennent particulièrement l’attention.

Pour renforcer la présence des catholiques dans la région, les « pères synodaux » demandent à titre exceptionnel de pouvoir ordonner prêtres des hommes mariés d’âge mûr (viri probati), choisis parmi les populations autochtones d’Amazonie et qui parlent donc une langue locale. Il ne serait dans ce cas pas nécessaire de réécrire le droit canon, mais d’adresser au pape une demande de « dispense », similaire à celles accordées aux pasteurs anglicans mariés qui se sont convertis ensuite au catholicisme.

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Alors que les deux tiers des communautés autochtones sans prêtre de la région sont guidés par des femmes, les évêques ont plaidé également pour une plus grande reconnaissance du rôle clé joué par ces dernières par l’attribution de « ministères »c’est-à-dire des fonctions spécifiques reconnues au service de l’Eglise. Avec, en toile de fond, la volonté de relancer la commission d’études chargée d’examiner les possibilités d’ouverture du « diaconat » – soit la possibilité de célébrer des sacrements, sauf l’eucharistie et la confession – aux femmes.

Enfin, les « pères synodaux » souhaitent une affirmation claire de la richesse de la culture, des rites et des objets liturgiques des peuples autochtones, allant jusqu’à formaliser à l’avenir « un rite amazonien » à l’instar de plus d’une vingtaine d’autres rites existants.

  • Ces propositions ont-elles des chances d’aboutir ?

Le pape François doit désormais trancher, dans les prochains mois, avec un texte signé de sa main, sur les problématiques mises en avant à l’occasion de ce rendez-vous. Interrogé par Le Parisien, l’historien des religions Odon Vallet estime que le souverain pontife va « très certainement valider les propositions » des évêques, étant lui-même favorable à l’ordination d’hommes mariés mais aussi au diaconat féminin. 

Or, si les propositions avancées concernent une zone géographique précise, elles n’en sont pas moins un casus belli pour les milieux traditionalistes. Plusieurs évêques conservateurs, notamment en Europe ou en Amérique du nord, craignent, avec un cas comme celui de ce synode, une multiplication des exceptions qui pourrait conduire à terme à l’abandon de certaines règles. La question du célibat des prêtres agite déjà, par exemple, les progressistes allemands.

Opposant farouche au pape, le cardinal américain Raymond Burke a annoncé à la mi-septembre « une croisade de quarante jours de prière et de jeûne » contre le document du synode truffé « d’erreurs théologiques et d’hérésies ». Ancien préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’Allemand Gerhard Müller juge, lui, que le texte ne se base pas sur « les fondements bibliques », mais sur des « nécessités sociologiques putatives du monde globalisé ». Son compatriote le cardinal Brandmüller s’interroge, quant à lui, sur ce que « l’écologie, l’économie et la politique » ont à voir avec la mission de l’Eglise.

Pour le Vatican, ce synode aura bien une vocation plus large. « Même s’il focalise l’attention sur un territoire spécifique, chaque synode concerne toujours l’Eglise universelle », avait insisté le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode. Il ne faut « pas avoir peur de ce qui est nouveau », a aussi martelé le cardinal brésilien Claudio Hummes, président du Réseau ecclésial panamazonien (Repam) et rapporteur du synode. « C’est en allant de l’avant que l’Eglise est fidèle à sa véritable tradition », a-t-il fait valoir, dénonçant « un traditionalisme restant ancré dans le passé ».

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